Ça sert qui que tu sois une gentille fille?

(fonctionne aussi pour gentil gars)

Je ne sais pas si c’est venu avec l’essor du développement personnel à outrance sur les réseaux sociaux et toutes ses ultra-simplifications, mais je trouve qu’on est dans une société où il y a une réelle injonction à ‘travailler sur soi pour être quelqu’un de bien’. Et ça me pose un double problème: premièrement, la vision est très binaire, importée directement des États-Unis, comme s’il y a d’un côté ce qui est bien et de l’autre ce qui est mauvais. On applique aux individus une culture de la performance et de l’hyper-responsabilisation où tout doit être maîtrisé, optimisé, réussi. Alors que nous ne sommes constitué·es que de nuances. Et deuxièmement, surtout, QUI décide de ce qui est bien ou mauvais?

Dans mon article sur la fin des amitiés je parlais déjà de cette obligation de contrôle. Pourquoi décréter qu’une amitié de 25 ans qui s’arrête est un échec sous prétexte que la fin est moche? Une rupture, ce n’est pas censé être paisible et harmonieux. Mais la norme morale actuelle exige qu’on maîtrise tout, qu’on conclue de façon alignée, comme si avoir mal ou être en colère était un manque de gestion personnelle.

En me penchant sur cette obsession du contrôle de soi, j’ai constaté à quel point je m’étais moi-même soumise à ces injonctions. Jusqu’au jour où je me suis posée la question: pourquoi, et surtout POUR QUI faut-il que je sois une bonne personne? Qui ça arrange vraiment?


Et ça commence sans surprise dans l’enfance. Appelons-la Sophie, pas besoin de lui coller des parents autoritaires ou une maltraitance évidente, c’est beaucoup plus systémique. Tous les enfants captent très vite que quand ils ne font pas de vagues, c’est plus simple pour les adultes. Surtout pour les petites filles, cette injonction au ‘gentille-jolie’ est omniprésente. Et lorsque le lien d’attachement n’est pas suffisamment sécurisant ou que la sécurité relationnelle semble conditionnée, l’enfant comprend que pour maintenir la paix et garder l’amour, il DOIT être facile à vivre.

C’est le cas de Sophie, qui intègre que sa chambre doit être rangée, ses devoirs bien faits, que son physique doit correspondre à une norme. Elle comprend intuitivement dans quel environnement elle évolue et ce qu’elle doit faire pour être validée. Lis la suite ici:

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