Pourquoi je ne ressens plus rien

(et bienvenue dans ma prairie)

« Comment ça se fait que je ne stresse pas? Pourquoi je ne ressens rien et depuis quand? ». Depuis longtemps… en fait, depuis mars.

L’année passée, en quelques mois, tout s’est effondré, sans raison particulière: structures, partenaires, amis, sécurités extérieures. 2025, l’apocalypse. Tellement violent que j’ai coupé les émotions sans même m’en rendre compte, pour pouvoir continuer à être fonctionnelle. Ce qui est resté à part mon fils, c’est moi. Seule, debout, mais lessivée. Je me souviens m’être répété « tu es en sécurité » et avoir pleuré longtemps… Puis plus rien. Anesthésie. Depuis mars de cette année, j’ai appris une très bonne nouvelle pour mon fils qui me concerne aussi, j’ai dit au revoir à 60 clients et un business, j’ai vécu plein de petits miracles, et qu’à beaucoup de moments j’aurais dû stresser mais que rien de tout cela ne m’a touchée. Aucune émotion. Peut-être suis-je entrée tellement profondément dans mon intérieur parce que j’y suis bien, que j’ai oublié d’en ressortir.

Ok, je vais prendre un moment pour explorer. Peut-être qu’en fermant les yeux, quelque chose viendra…

Une prairie, moi au milieu avec des herbes qui m’arrivent à la hauteur de la poitrine, je vois loin, loin, mais ce n’est que cette prairie et le ciel, lavasse. Des fleurs indéfinies, des couleurs passées, des insectes translucides, et à perte de vue cette prairie qui se répète à l’infini. Je ne peux ni m’asseoir, ni marcher puisqu’il n’y a pas de chemin et que la végétation est dense.


L’expérience du rejet : du mécanisme au bouclier

Si avant de visualiser cet endroit je me sentais un peu vide, là c’est le désespoir sans larmes qui arrive. Suivi de la frustration. La journée passe, pas d’autre clé, juste cette image très présente et le malaise. Lendemain matin au réveil, première pensée consciente: « Cet endroit, c’est étrange, il ne veut pas de moi mais il ne veut pas que je parte… » Une fulgurance: « C’est le rejet! »

Côté état interne, c’est pire que la veille, il va sans dire que je n’ai pas hyper envie d’être en contact si proche avec le rejet… Donc je l’évite comme il se doit, mais il me colle.

Et c’est là que les souvenirs reviennent et que tout prend un sens.

L’enfance maltraitante, le rejet en guest star sous toutes ses formes: école, camarades, famille. Puis moi qui m’en empare et en fais un bouclier ainsi qu’une grille de lecture. Puisque cet endroit, ce groupe ne veut pas de moi, alors ce n’est pas pour moi. Je prends de la distance et j’observe. Mon mental cherche des preuves et n’est jamais déçu: je fais mes choix par soustraction, je cultive mon indépendance. Plus tard, à l’âge adulte, je me crée ma constellation d’amis, ma famille de substitution… mais en gardant ce même schéma, j’ai forcément construit des amitiés asymétriques. En fait, cette prairie et la crise de 2025, c’était en lien avec ce mécanisme ancien du rejet.

Révélation qui n’a cessé de s’ouvrir sur elle-même, parce qu’après la matinée passée à être encore plus fâchée et frustrée que la veille, j’ai commencé à éprouver de drôles de sentiments pour le rejet, voire de l’intérêt. Finalement, le rejet et moi on se connait depuis longtemps, carrément depuis le début de ma vie. Et il m’a amené quelques super pouvoirs, tels que l’hyper indépendance, le recul, ma singularité (ainsi que probablement un égo légèrement surdimensionné). J’ai, dans l’après-midi, eu envie de le remercier par écrit.


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