« C’est ta mère, tu ne peux pas couper les ponts » ou » Tu dois le respect à tes parents ». Alors oui et non, le respect va dans les deux sens, un enfant ne doit rien à ses parents, et oui tu peux tout à fait décider de ne plus voir quelqu’un si tu as besoin de recul, même si ce quelqu’un est de ta famille.
J’ai connu des patients dont l’enfance avait été une suite d’humiliations verbales et de violences physiques. D’autres familles dans lesquelles l’inceste est une tradition taboue, des aînés qui se sacrifient encore à l’âge adulte pour la fratrie. Je me souviens de ce monsieur de 45 ans qui n’avait jamais songé à se marier ou même à se faire plaisir, il habitait un tout petit studio pour envoyer de l’argent au pays, finançant l’oisiveté de son frère cadet et de sa mère qui eux ne travaillaient pas. De cette femme que la mère traitait de « sac à merde » depuis sa petite enfance mais qui lui rendait visite tous les dimanches. De cet homme violé par son oncle de ses 6 à ses 15 ans, obligé de le revoir tous les Noël parce que « c’est la famille ».

Alors pour ces gens-là, peut-on s’accorder à dire que ce n’est pas parce que c’est la famille que c’est obligatoire? Qu’ils ont le choix?
Et où placer le curseur? Doit-on forcément vivre un trauma à répétition pour décider que cette personne qui est notre parent, frère, soeur, est en réalité toxique pour soi?
Parce que parfois nous avons besoin d’une pause pour comprendre, faire le travail nécessaire au changement, et que la famille nous remet dans une position dont on ne veut plus. D’autres fois, c’est un comportement dont pour l’instant il nous est difficile d’être témoin. Parce qu’il faut permettre de l’élasticité dans les relations y compris celles avec notre famille. Pour toutes ces raisons, tu as le droit de couper les ponts ou seulement de prendre de la distance quand tu juges que cela est nécessaire. Et cette démarche est suffisamment difficile à faire sans avoir à porter en plus le jugement des autres.
